Le plus ancien manuscrit de la Légion Etrangère

Un étrange manuscrit quasiment illisible...

1936. La réorganisation entre la Salle d’honneur et le musée est sur le point de s’achever lorsqu’à l’occasion de la fête de Camerone, la famille Brunon fait don d’un étrange manuscrit quasiment illisible sauf pour un paléographe averti.

Déchiffrons donc cette énigmatique et vieille page jaunie plus que centenaire.
Tout d’abord, le texte peut paraître énigmatique car il n’est pas signé et son titre reste abscons : “ordre du jour du
28 8bre”. Il s’agit, en fait de la minute autographe de l’ordre du jour que le colonel Michel Combe adresse aux légionnaires lorsqu’il quitte le commandement du régiment étranger, en 1832. Officier de l’Empire blessé à Eckmühl (1809), ancien de la campagne de Russie (1812) et ayant suivi l’empereur à l’Ile d’Elbe, Combe se distingue encore à Waterloo (1815). Il n’a pas trente ans lorsqu’il choisit le Texas comme terre d’exil. La monarchie de juillet lui permet de rentrer en France et de retrouver son rang. Colonel, il commande le 66e de Ligne mais, l’ancien “grognard” est autoritaire, impulsif et bagarreur au point de se battre avec l’un de ses officiers. Le Colonel Combe est, en fait, devenu un souci pour le commandement. En mai 1832, la solution est trouvée. Le colonel Combe prend le commandement du régiment étranger. En juin, sur le quai de Marseille, avant d’embarquer pour l’Algérie, il reçoit des mains du Duc d’Orléans le premier drapeau de la Légion.

Arrivé en juin, reparti en octobre, le colonel Combe ne fait finalement qu’une “mission de courte durée” de quatre mois à la Légion. Que peut-il donc bien avoir à dire dans son ordre du jour ?
Dans la première phrase, le chef de corps exprime sa contrariété de partir “sans avoir pu vous faire tout le bien que je désirais”. Il emploie même le mot de “regret”. Malgré le “peu de temps passé parmi vous”, l’officier expérimenté reconnait déjà la valeur combattante de cette troupe avec laquelle il a vaillamment repoussé “les farouches africains” lors de leur attaque surprise d’un gué à proximité de Constantine. Assurément, le chef a de “l’estime” pour “ses enfants”. Il la résume dans cette superbe phrase. “Quoique nés sur un sol étranger, vous avez déployé en toutes les circonstances de l’attachement à la France et des sentiments qui eussent dû en imposer à vos détracteurs”.

En peu de temps, le colonel a bien jaugé l’efficacité et l’esprit des légionnaires. Il est le premier à les définir par une devise qui est maintenant bien ancrée. “Vous avez rempli des tâches pénibles avec Fidélité […] vous avez rempli vos devoirs avec Honneur”.
Enfin, Michel Combe quitte ce commandement qui lui convenait si bien, mais il assure de suivre avec intérêt tout ce qui arrivera “d’heureux ou surviendra de pénible” à la Légion. Cette habile transition lui permet d’introduire son successeur, le lieutenant-colonel Bernelle qui “a toutes les qualités pour vous commander avec distinction”. Enfin, il donne son ultime directive. “Obéissez lui et vous serez sûrs d’être menés à la gloire et aux honneurs”. La suite, nous la connaissons. Trois ans plus tard, le Colonel Bernelle réorganise la Légion en amalgamant les nationalités lorsqu’il amène le régiment étranger en Espagne.

A la fin de l’ordre du jour dont on peut reconnaître une “architecture” toujours en vigueur, le colonel Combe prend la liberté de parler de son départ sans vraiment en invoquer la raison. “Après quatre demandes de rentrer dans mes foyers, Mr le Gal en chef a bien voulu céder à la dernière”. En fait, susceptible et très indépendant, Combe se heurte rapidement à ses pairs et à ses supérieurs pour des incidents toujours minimes mais qui prennent des proportions démesurées. Suite à une affaire bénigne de service courant, il refuse d’appliquer les ordres du Général Dalton, commandant la division d’Alger. Le Chef de corps du régiment étranger demande à être relevé de son commandement. Mis aux arrêts, l’affaire monte jusqu’au ministère. Il est décidé de rapatrier cet encombrant “officier d’empire” ni trop près, ni trop loin … dans le sud de la France en lui confiant le 47e de Ligne. En octobre 1837, il prend part à la deuxième expédition de Constantine avec son régiment. Le 13, il est grièvement blessé de deux balles dans la poitrine en conduisant ses hommes à l’assaut. Stoïquement, il rend compte au Duc de Nemours puis se laisse soigner. Il meurt deux jours plus tard.

 

Le plus ancien manuscrit de la Légion Etrangère (.doc / 181,00 Ko)



| Ref : 116 | Date : 13-12-2014 | 5956